Documentaire « La dette » : notes/résumé

Voici des notes que j’ai prises en regardant le documentaire « La dette », produit par Régie Sud. Ça peut servir pour ceux qui n’ont pas le courage de le regarder en entier ou qui veulent retrouver rapidement ses principaux enseignements :).

Couverture du documentaire "La dette"

Couverture du documentaire « La dette »

 

Le premier poste de dépenses de l’État est le remboursement des intérêts de la dette (1/3 du budget). Le deuxième poste est l’éducation, d’une valeur 3 fois moins élevée. Et ce premier poste représente 8 fois le budget consacré au travail.

Causes de la dette :

  • L’essentiel de la création monétaire devient privée et avec intérêt (alors qu’avant c’était public et sans intérêt)
  • Les exonérations d’impôt (100 milliards d’euros d’exonérations au cours des 10 dernières années)

Les créanciers sont les mêmes dans les pays du Nord et du Sud.

Article 104 du traité de Maastricht : les pays et les banques centrales n’ont pas le droit de se prêter les uns aux autres. Ils doivent donc passer par un intermédiaire : les marchés financiers.

Il y a eu beaucoup de crises monétaires au cours de l’histoire, et d’États qui ont annulé les dettes.

Le dogme de l’orthodoxie monétaire est actuellement dominant (car il y a une influence très forte de l’Allemagne, qui a été traumatisée de l’inflation qu’a connue la République de Weimar, où les citoyens devaient payer une baguette de pain avec des brouettes remplies de billets). Ce dogme est défendu par les experts de l’Union Européenne.

Leur analyse est que le contrôle de l’inflation est la clé d’une société démocratique. Donc qu’il ne faut pas laisser aux États la possibilité de manipuler les prix (créer trop d’inflation via trop de crédits). Donc qu’il faut une BCE indépendante, qui a pour objectif unique d’obtenir une inflation la plus basse possible (proche de zéro).

La BCE refuse sciemment de prêter directement aux États (c’est-à-dire sans passer par les marchés financiers).

Prophétie auto-réalisatrice : quand les taux d’intérêt sont trop hauts, on ne peut plus rembourser.

Avant, investir dans la dette des États, c’était à taux sans risque. Maintenant ce n’est plus le cas : les États ont vraiment une probabilité de faire défaut.

Le taux d’intérêt de la Grèce est aujourd’hui à 28%.

Depuis le lancement de la zone Euro, la masse monétaire a augmenté 4 fois plus vite que le PIB de la zone Euro.

La banque crée ex-nihilo de l’argent, grâce au titre de reconnaissance de dette que l’emprunteur lui signe (auquel elle associe la valeur du prêt dans sa comptabilité).

Contre 1€ que les banques déposent en garantie à la banque centrale, les banques ont le droit de créer 9€ supplémentaires.

Comptabilité en partie double. Je suis une banque, vous êtes un citoyen qui veut faire un emprunt. Lors de l’emprunt je vous dois 1 million d’€ que je vous donne maintenant ex-nihilo, et vous me devez 1 million d’€. => La banque a créé 2 dettes (la sienne et celle de l’emprunteur). Quand on rembourse progressivement, les 2 dettes disparaissent progressivement.

La BCE prête aux marchés financiers à des taux très proches de 0%, qui eux prêtent aux États à des taux très supérieurs. => D’une certaine manière la BCE subventionne les banques au lieu d’aider l’État.

La « Banque de France » (nom volontairement trompeur, voir la conférence d’Henri Guillemin à ce sujet) a toujours été indépendante, car privée : à sa création, c’est une entreprise strictement privée, d’hommes d’affaires, qui ne traite avec l’État que si c’est dans son intérêt. Il lui était confié des missions de service public. Ses décisions sont prises par son conseil d’administration, qui est composé de banquiers privés.

Puis le Front Populaire modifie les statuts de la Banque de France.
L’État crée le « Trésor Public » (où la SNCF, les comptes postaux, etc, sont obligés de déposer), pour avoir sa propre trésorerie et ainsi contourner la Banque de France. Ça permet à l’État de financer l’investissement => la croissance est alors à 5% par an pendant longtemps, ce sont les 30 glorieuses.

Donc l’État choisit les orientations économiques => ça ne plaît pas aux libéraux => une réforme est alors menée dans les années 70 => on remet la Banque de France dans l’indépendance complète pour qu’elle ne soit plus au service de l’État. Et on complique l’accès au crédit pour l’État.

Le but de la création de la BCE était qu’il n’y ait pas d’inflation. Mais les statuts de l’Union Européenne ne considèrent que les prix à la consommation pour définir l’inflation que la BCE doit limiter, ils ne tiennent pas compte des prix de ce qui n’est pas de consommation courante, comme l’immobilier. Or la quasi-totalité des emprunts ont alimenté les marchés d’actifs immobiliers (« actifs » financiers et immobiliers, par opposition aux biens qu’on consomme) => il y a depuis une grosse inflation des prix de l’immobilier

=> inflation des actifs, la monnaie est mise sur les marchés d’actifs au lieu de l’économie réelle dont on a besoin tous les jours.

Ce sont les banques privées qui décident des taux auxquels elles prêteront (supérieurs à ceux auxquels la BCE leur prête) et qui choisissent à qui ou à quels projets les prêts seront accordés. Donc ça leur confère un énorme pouvoir de forger la société qu’elles veulent elles, selon leurs critères à elles (rentabilité, solvabilité ou solidité financière de l’emprunteur, sélectionner seulement des projets peu ambitieux car peu risqués…) => pas faire des éoliennes, le bien de la planète, la prospérité de l’humanité, etc.

La misère dans l’abondance : les  paysans produisent trop de blé (mais ça peut être bien qu’il y ait plein de blé), donc les cours sont bas, donc ils gagnent moins, donc ils doivent détruire du blé pour faire remonter les prix.

La banque Morgan avait pressenti la crise des subprimes et s’est retirée de ce marché => elle avait alors beaucoup de cash à investir ailleurs => elle a investi le marché des matières premières => les pauvres ont alors été affamés, parce qu’il y a eu des volumes d’argent irréels (car issus des prix délirants de l’immobilier) qui ont fait gonfler les prix.

Islande : la banque privée Icesave a fait faillite et devait beaucoup d’argent à des citoyens d’autres pays (principalement UK), qui ont voulu que l’État islandais leur paye tout ce que la banque leur devait. L’État islandais a décidé (après la révolution des casseroles) qu’il rembourserait aux créanciers seulement les actifs domestiques, pas les actifs financiers.

Les britaniques ont utilisé une loi anti-terroriste d’après 2001 contre Icesave.

Il y avait aussi l’Union Européenne qui disait que le dossier de l’Islande était mal parti (l’Islande voulait rentrer dans l’Union Europénne et la zone Euro). Les habitants islandais demandent un référendum à leur gouvernement, en apportant une pétition signée par 25% de la population. Le président accepte d’organiser le référendum. Les islandais votent à 80% contre le remboursement par l’État de cette dette privée. Au bout de 2 ans, le pays retrouve la croissance. La question de rembourser se pose à nouveau (parce qu’avant, du fait de la crise de 2008, un remboursement aurait mis l’État dans une très mauvaise situation financière).

La complexité est souvent un écran de fumée qui sert à nous distraire de l’essentiel ou nous tenir à l’écart.


Pour aller plus loin, voir notamment :

One comment on “Documentaire « La dette » : notes/résumé

  1. Bravo pour ce résumé efficace du film, l’essentiel est là en effet.. les banques inventent l’argent qu’elles nous prêtent, avec un petit coup de clavier, comme ça… Elles nous louent des chiffres, rien d’autre. L’activité bancaire devrait être un service publique, ça ferait pas mal d’économie aux Etats et ça permettrait l’avènement d’un autre monde d’entrepreneur…

    Heureusement le web et les monnaies de réseaux vont sans doute faire exploser ce système du monopole de la monnaie par les banques ! Nous retravaillons sur le sujet, bientot LA DETTE…2 !
    Merci pour ces notes,

    Les réalisateurs

    Notre dernier doc, sur un sujet tout aussi brulant, l’Ecole, mais vue du dernier rang de la classe, c’est ici : http://www.mauvaiseleves.com et https://fr-fr.facebook.com/mauvaiseleves

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