Notes d’une réunion de présentation des CIGALES à Paris

En me renseignant sur les différents types d’initiatives qui existaient dans le domaine du crowdfunding et du « utiliser aussi son argent pour bâtir le monde qu’on souhaite », je suis tombé il y a environ un an sur l’initiative des « CIGALES » (Club d’Investisseurs pour une Gestion Alternative et Locale de l’Épargne Solidaire). J’ai trouvé leur concept très intéressant. Si vous ne connaissez pas, voici quelques liens :

Trente ans de création d'entreprises par les Cigales

Couverture du livret « Trente ans de création d’entreprises par les Cigales »

 

Mais j’avais du mal à les cerner : les Cigales sont un peu un OVNI de la finance participative, parce que j’avais l’impression que d’un côté c’est une sorte de club d’investisseurs tout ce qu’il y a de plus capitaliste, et de l’autre la plupart des projets dans lesquels les Cigales investissent sont carrément bancals aux yeux d’un investisseur « normal » qui voudrait maximiser son profit et minimiser son risque, au point qu’on dirait qu’ici ils ont pertinemment choisi de financer les projets qui leur laissaient le moins de chances de gagner de l’argent, ou même de retrouver leur mise de départ. Alors est-ce que c’est un délire de bobos, ou un moyen pour les riches de faire baisser leurs impôts tout en se donnant bonne conscience, ou une structure formée par la love money d’un projet (mais alors pour quelle raison), ou encore quoi d’autre ? Et qu’est-ce qui motive les participants à se lancer dans ce genre d’initiatives et à y être actif ?

En me renseignant à nouveau récemment à leur sujet en novembre, j’ai vu que l’asso régionale d’Île-de-France organisait une réunion de présentation, alors j’y suis allé 🙂 Voici les notes que j’y ai prises. Elles ne couvrent pas les infos de base qu’on peut facilement retrouver sur leurs sites, alors n’hésitez pas à bien vous renseigner sur ces sites avant de lire mes notes, et désolé si elles sont un peu brouillon 🙂


Il y avait environ 10 participants, plus les 2 animateurs/cigaliers.

L’un des animateurs est cigalier et bénévole au collectif coco-crédit (qui est labellisé Finansol), l’autre est salariée de l’association régionale des Cigales d’Île-de-France et entrepreneuse.

Plusieurs participants de la réunion sont venus via le salon Marjolaine qui vient de se dérouler à Paris, et via le forum des associations du 12e arrondissement.

Les participants ont posé beaucoup de questions, très pertinentes : la réunion a commencé par une présentation générale du fonctionnement des Cigales, puis l’essentiel du temps de la réunion a été des questions-réponses.

Un « cigalier » est un citoyen qui investit de son argent dans une Cigales.
Une entreprise/association/projet « cigalé(e) » est une entité dans laquelle une Cigales a investi.

Si j’ai bien compris, l’écosystème ressemble à ça :

schema_cigales

Schéma de l’écosystème des CIGALES

Participer à une Cigales c’est s’investir aussi humainement, par exemple repeindre les locaux d’une entreprise cigalée, proposer de faire sa comptabilité si l’on en a les compétences, aider à la gestion des stocks, gérer sa page Facebook, etc.

Chacun met de l’argent chaque mois sur un compte commun (minimum 7.50€ par mois, 23€ en moyenne, et 450€ maximum).

La Cigales est toujours volontairement minoritaire en parts dans un projet, pour s’empêcher d’en prendre le contrôle. Dans la Cigales, 1 personne = 1 voix quelque soit l’argent investi par chacun.

Durée de vie d’une Cigales :

  • 5 ans de collecte d’argent (pendant lesquels le compte commun est alimenté par les cigaliers). Certaines Cigales décident qu’on doit déposer un certain montant dès sa création, la plupart non. Certaines Cigales imposent un montant mensuel fixe, d’autres non.
  • puis les cigaliers décident des projets/entreprises dans lesquels la Cigales investira (mais cela peut se faire en plusieurs fois, par exemple en commençant avant d’avoir réuni tout l’argent)
  • puis 5 ans pendant lesquels la Cigales reste actionnaire des projets

« Sortie » : quelqu’un nous rachète nos parts

L’argent d’une Cigales est réparti sur plusieurs entreprises.

Les cigaliers d’une même Cigales mettent leur argent dans un compte commun, c’est une « indivision volontaire ».

Le fonctionnement d’une Cigales est très démocratique, les décisions sont souvent au consensus. Chaque Cigales décide de ses règles de fonctionnement. Par exemple : votes des choix d’investissements à la majorité simple, à la majorité des 2/3, à l’unanimité, ou avec droit de véto.

Quand on est plus nombreux dans une Cigales, on met plus de temps à se décider.

Et si on est souvent en désaccord avec les votes effectués ? Certaines Cigales permettent à leurs membres de sortir sous certaines conditions et en utilisant un certain calcul pour savoir combien d’argent l’ex-cigalier récupère, selon les projets déjà investis, etc. Même chose pour rejoindre une Cigales qui a déjà commencé et calculer à la fin de la vie de la Cigales combien cette personne reçoit d’argent en comparaison avec ceux qui étaient dans la Cigales depuis le début et qui ont donc cotisé plus d’argent.

Les Cigales sont régies par la loi sur les clubs d’investisseurs. La limite légale de participants à une Cigales est de 5 à 20 personnes.

Une Cigales peut aussi financer une association, par le biais d’un « apport avec droit de reprise », qui est une sorte de prêt sans intérêt, mais qui ne tombe pas sous la loi des prêts sans intérêts.

Chaque Cigales finance 2-3 projets chaque année, et finance en permanence environ 15 projets.

Une Cigales se réunit environ une fois par mois.

Le montant qu’une Cigales investit dans un projet est en général autour de 2000€

Question des participants : Est-ce que l’entreprise qui recherche des financements ne perd pas son temps avec les Cigales pour seulement recevoir peut être 2000€ ?
Réponse des animateurs : C’est une question de politique interne, d’effet de levier (car être financé par une Cigales permet ensuite d’être financé par Garrigue, qui mobilise de plus gros montants mais sans soutien humain, et seulement sur des projets dans lesquels une Cigales a investi).

Défiscalisation pour Cigales et Garrigue : 18% de l’épargne investie.

Les Cigales sont agréées mouvement d’éducation populaire. Donc des formations intra- et inter-Cigales sont régulièrement organisées.

On n’est pas des accompagnateurs professionnels aux porteurs de projets.

Il y a de la coopération entre les Cigales, et chaque Cigales a toujours un noyau dur de gens actifs.

Question des participants : Quels sont les avantages et inconvénients de créer une Cigales, en comparaison d’en rejoindre une ? Quelles sont les différences entre chaque Cigales ? Sur quels critères choisir la Cigales dans laquelle on va participer ?
Réponse des animateurs : On constate des différences entre les Cigales sur la rentabilité ou l’objectif de tout faire pour ne pas perdre son argent. Mais aussi sur l’état d’esprit des Cigaliers, leurs goûts en matière de projets à financer, etc.

Exemples de projets Cigalés :
Des SCIC (statuts qui permettent de gérer un projet/lieu avec plusieurs types d’acteurs : des collectivités, des riverrains, etc), des enseignes de magasins bio comme Les Nouveaux Robinsons et Biocoop, des restaurants, des lieux culturels, etc (voir la liste dans le document).

Il y a beaucoup de cigaliers qui sont à des AMAP (et qui ont connu les Cigales via une AMAP, ou qui ont monté une Cigales avec des participants de leur AMAP).

Les projets sont la plupart du temps sur le point de se créer (les statuts de l’entreprise ne sont pas encore écrits, mais sont déjà à peu près décidés).
Il faut donc que le projet soit à capital variable, pour que ça ne coûte pas de rajouter un investisseur (dont une Cigales).

Les dividendes des projets cigalés sont très rares.
C’est au contraire sur la revente de parts que les Cigales gagnent principalement de l’argent (les plus-values : l’entreprise vaut plus cher qu’à sa création).
Pour les entreprises de type coopératives (SCOP, SCIC), leurs statuts imposent que les parts valent le même prix à la sortie qu’à l’entrée, donc la Cigales sait dès le début qu’elle ne fera pas de plus-value (sauf les 18% d’impôts ?) => la Cigales prête en sachant qu’elle ne fera pas de profit (peut être un problème si l’inflation est non-négligeable), ou bien elle peut miser sur des dividendes (qui restent rares ou faibles dans les SCOP, car le statut privilégie la mise en réserve et l’investissement).

On ne fait pas ça pour gagner des sous, il n’y a pas si souvent des sorties positives.

C’est un « super-don » : un don où on a une chance de quand même retrouver tout ou quasiment tout ce qu’on a « donné ».

Question des participants : Estimation du temps à y consacrer.

Les projets qui marchent bien (survivent) sont souvent les ressourceries (à ne pas confondre avec les accorderies, qui sont un autre type d’initiative sympa) et autres projets d’insertion qui reçoivent des financements publics.

Quels sont les frais d’une Cigales ?

Principalement les comptes bancaires.
Chaque cigalier cotise annuellement à l’association régionale, 27€ par an (déduction d’impôt à hauteur de 66%).
Il y a des frais à l’hôtel des impôts pour créer la structure juridique du club d’investisseurs (Cigales) : 125€.

Quelques chiffres sur les Cigales d’Île-de-France

  • En Île-de-France, plusieurs Cigales sont investisseurs sur le même projet.
  • Il y a 350 cigaliers en IDF.
  • Les Cigales d’IDF ont investi un total de 85k€.
  • Il y a 5 ans en IDF, il y avait 20 Cigales. Maintenant il y en a 30.
  • Il y en a 17 à Paris (2/3 des cigales sont à Paris et 1/3 dans le reste de l’IDF).

L’association régionale des Cigales d’Île-de-France

Jusqu’il y a 6 mois, il y avait une seule salariée à l’association régionale, maintenant il y en a 3. Le développement du principe des Cigales est maintenant un objectif, alors qu’avant ça n’en était pas un (pourquoi grossir ?).

Les Bourses aux projets

L’association régionale des Cigales organise régulièrement des bourses aux projets physiques et virtuelles. Cela permet aux projets de se présenter aux Cigales, et aux Cigales de trouver des projets à financer.

Chaque Bourse aux projets présente 8 projets maximum, avec 50 participants maximum. Chaque cigalier peut y ramener 2-3 personnes.

Pour pouvoir être présenté à une Bourse aux projets, un projet doit respecter 3 critères :

  • se dérouler majoritairement en IDF
  • que les statuts légaux du projets écrits ou qui comptent être écrits permettent d’ajouter des associés
  • que le projet soit en accord avec la Charte des Cigales

Il n’y a donc aucun filtre sur la qualité du Business Plan, ça c’est le travail de chaque Cigales de l’évaluer.

 

 

 

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